« Y arriver » est une pensée. Sans la pensée, sans la mémoire il n’y a plus de « y arriver », juste le réel, ce qui est, tel que c’est…Est-ce que « y arriver » peut avoir un sens dans une vie qui est un flot continue de circonstances changeantes, d’apparitions/disparitions, changements perpétuels ?
Non pas du tout. Effectivement je n'avais pas intégré s=cela sous cet angle mais il me paraît très juste.
La pensée, la mémoire, fabriquent le temps : des croyances fondées sur un passé (si je te demandais ce que serait « y arriver » d’après ce que tu as vu, lu ou entendu, je pense que j’aurais plusieurs lignes, non ?), cette mémoire, ces croyances évaluent, jugent l’instant présent, et des projections sur un avenir imaginaire se font.
La pensée n’est pas du réel… Là maintenant, sans utiliser ni mémoire ni pensée, « y arriver » est vide de sens.
Ce que tu appelles « arriver » n’est qu’une succession de perceptions, sensations, pensées : jeux avec ton fils, écrire et penser à ce que tu écris…etc. Tout ceci apparaît et disparaît dans le flot du présent.Je ne sais pas comment tourner ce qui est vécu là maintenant. Il y a cette sensation d'habiter les lieux de mon corps et des évènements. Un peu comme si ça arrivait à moi ou tout au moins à ici. Lorsque mon fils joue avec moi il y a bien interaction et ressenti corporel du chahut et des impacts physiques ou autres. Les pensées qui viennent arrivent bien ici. Effectivement elles peuvent repartir ou pas. Mais elles ont souvent une interaction avec ici.
Alors j'entends qu'il n'y aurait pas de moi. Et d'ailleurs si tu me demandes où est moi, je serai honnêtement incapable de te répondre. Toutefois il y a une densité de regard et d'action ( par exemple l'attention portée à ce que j'écris sur le clavier de mon ordinateur) qui me semble liée à quelque chose. Je ne peux pas m'en dissocier. Je ne peux pas me dissocier de ce qui arrive à ici. Alors si ce n'est pas à moi que ça arrive, à quoi est-ce ? Et en fait y a t il vraiment besoin de savoir à qui ou quoi cela arrive ? Finalement cela se fait ou ne se fait pas. Mais cette question de densité de présence me semble retenir un attachement avec ce qui se rapprocherait le plus de l'idée d'un moi.
Ça arrive « ici » parce que le corps est le médiateur de ces sensations, perceptions (j’ai tendance à considérer les pensées comme des perceptions). Et le corps est lui-même un objet de perceptions.
Est-ce que tu dirais « ça arrive à moi » ou « ça arrive en moi » ?
Qu’est-ce te paraît le plus juste pour décrire ton expérience ?
Tout ce qui arrive n’est que phénomènes temporaires, circonstanciels qui arrivent et s’en vont : sensations, perceptions… Ce que tu es au fond est toujours là, inchangé, que le ici/maintenant soit calme ou peuplé de perceptions. Comme la toile de l’écran de cinéma reçoit momentanément toutes sortes d’actions, drames le temps d’une séance, pour reprendre une métaphore de Jean Klein.
Thierry

